l'IGP suisse retoquée

Publié le par Marie-Claude DELAHAYE

Les producteurs d'absinthe peuvent respirer, le Tribunal administratif fédéral (TAF)  a tranché. Les quelques distillateurs du Val-de-Travers, du canton de Neuchâtel en Suisse, qui avaient ambitionné l'appropriation exclusive des termes Absinthe, Fée verte et la Bleue viennent d'être déboutés. Ces dénominations sont considérées comme des noms génériques et  ne peuvent par conséquent être enregistrées comme IGP.

 

" Les dénominations «Absinthe», «Fée verte» et «La Bleue» ne peuvent être reconnues en tant qu'indications géographiques protégées (IGP), selon le Tribunal administratif fédéral.

Le TAF admet pas moins de onze recours venant de Suisse, de France et d'Allemagne et désavoue l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG). En mars 2010, l'OFAG avait admis la demande d'enregistrement de ces trois dénominations en tant qu'IGP.

Selon le TAF, la dénomination «Absinthe» se rapporte à un type de produit, quelle que soit sa provenance, et non pas à un produit venant du Val-de-Travers. De plus, l'Association interprofessionnelle de l'Absinthe n'a pas réussi à apporter la preuve que les dénominations «Fée verte» et «La Bleue» ne sont pas des noms génériques.
Il n'est pas justifié, selon les juges de Saint-Gall, de réserver les trois dénominations litigieuses aux seuls producteurs du Val-de-Travers (NE). Les magistrats fédéraux considèrent que le sondage de 2007, sur lequel l'Association interprofessionnelle appuyait l'essentiel de son argumentation, est critiquable à de nombreux égards. Il met en évidence le fait que, en Suisse, seule une proportion relativement faible de personnes associe les trois dénominations litigieuses au Val-de-Travers.
En 2012, l'OFAG avait écarté 42 oppositions. Contre cette décision, 21 recours avaient été déclarés irrecevables et trois rejetés, avant que le TAF ne décide d'accepter les onze derniers recours. La procédure peut se poursuivre puisque l'Association interprofessionnelle de l'Absinthe a encore la possibilité de recourir au Tribunal fédéral. (arrêt B-4820/2012 du 8 août 2014)"

Publié par 20 Minutes (Suisse) du 12 août 2014.

Personne ne conteste l'origine suisse de l'absinthe mais c'est surtout en France qu'elle s'est développée avec 3000 distillateurs d'après Hubert Bresson, lui-même important fabricant à Fougerolles dès 1838. (Voir l'histoire de cette marque et les documents s'y rapportant dans l'Absinthe-Dictionnaire des marques, volume 1).

La marque Edouard Pernod passa aux mains de Hubert Bresson en 1912. Collection privée.

La marque Edouard Pernod passa aux mains de Hubert Bresson en 1912. Collection privée.

Si nos poètes ne l'avaient louée, nos artistes, notamment les impressionnistes, ne l'avaient mise en scène sur leurs toiles, le mythe de la Fée verte aurait-il existé ? Sans  la vie parisienne, l'absinthe aurait-elle été ce qu'elle a été ?

Si la Bleue désigne préférentiellement l'absinthe en Suisse, le terme de Fée verte est typiquement français. Le Tribunal administratif fédéral a donc estimé avec une grande sagesse que les noms Absinthe, Fée verte et Bleue n'appartenaient à personne en particulier mais à tout le monde. Ils font partie d'un patrimoine commun à la Suisse et à la France, chacun apportant aujourd'hui sa spécificité pour développer et faire connaître la Bleue ou la Verte et sa très riche histoire.

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