Guerre et propagande antialcoolique

Publié le par Marie-Claude DELAHAYE

L'absinthe est interdite par le préfet de la Seine approuvé par le Gouverneur militaire de Paris dès le 15 août 1914, soit à peine 12 jours après la déclaration de guerre. L'interdiction générale sera effective le 16 mars 1915. Néanmoins, la Ligue nationale contre l'alcoolisme ne baisse pas les bras et continue à militer contre l'alcoolisme.

S'agissait-il uniquement d'une question de santé publique ?

En décembre 1915, soit quelques mois après l'interdiction de l'absinthe, le président de la République Raymond Poincaré reçut au palais de l'Élysée une importante délégation de divers groupements antialcooliques. Étaient présents MM. le docteur Debove, président et Frédéric Riémain, secrétaire général de la Ligue nationale contre l'alcoolisme; Jules Siegfried et L. Landouzy de l'Alliance d'hygiène sociale; Ferdinand Buisson du Comité d'union national contre l'alcoolisme; E. Schmidt, président du groupe antialcoolique de la Chambre; Doizy et Merlin de la Commission d'hygiène de la Chambre. Ces délégués ont entretenu le président de la République de la question de la suppression de l'alcool et lui ont laissé la lettre suivante :

Nous avons l'honneur d'appeler votre plus sérieuse attention, ainsi que celle du gouvernement, sur la nécessité de prendre des mesures antialcooliques radicales, la consommation de l'alcool nous paraissant incompatible avec le véritable esprit de guerre. Quand tant de français, pour défendre l'existence de leur patrie, donnent leur vie et celle de leurs enfants, quand toute la France est debout pour défendre une fois de plus la civilisation contre la barbarie, l'immoralité provoquée par la consommation de l'alcool n'est plus tolérable.
D'un autre côté, la défense nationale exige que tous les alcools produits en France lui soient réservés et qu'ainsi nous évitions les exportations d'or par des achats à l'étranger.

Le Temps, 1915

Affichette de propagande antialcoolique. Collection Delahaye.

Affichette de propagande antialcoolique. Collection Delahaye.

Divers mouvements travaillaient dans le même sens en mettant toujours en avant l'argument de la défense nationale. C'est ainsi que la section des infirmières et des infirmiers des asiles et hospices de la Seine émirent un vœu en faveur de la lutte contre l'alcoolisme. Elle estime que :

la période douloureuse que nous traversons appelle des mesures exceptionnelles pour préserver la population des ravages de l'alcoolisme et que plus que jamais l'occasion est favorable et le besoin impérieux de débarrasser définitivement le peuple de la tyrannie de l'alcool. En conséquence, les infirmières et infirmiers demandent la suppression de la consommation de l'alcool, celui-ci devant être réservé aux besoins de la défense nationale, de l'industrie et de la pharmacie

Le Temps, 1915.

Quel est le rapport entre alcool et obus ?

En 1915, la France qui pensait que la guerre serait rapide connut ce qui a été appelé la crise des obus. Le manque de munitions se fit vivement sentir, amenant à la création d'usines et d'ateliers pour la fabrication massive d'obus et diverses munitions. C'est en 1884 que le français Paul Vieille inventa la première poudre explosive, dite poudre blanche, qui ne dégageait pas de fumée et était trois fois plus explosive que la poudre noire. Elle était à base de collodion obtenu par de la nitrocellulose plastifiée par un mélange d'éther et d'alcool puis malaxée en pâte.

On comprend dès lors que l'alcool était devenu en 1915 une denrée stratégique.

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