L'Absinthe Reynaud

Publié le par Marie-Claude DELAHAYE

Belle trouvaille de Valérie Aubret avec cette carafe gravée d'un côté Absinthe Reynaud et de l'autre Goudron Reynaud. Aucun nom de lieu.

Carafe Absinthe et Goudron Reynaud. Collection V. Aubret.Carafe Absinthe et Goudron Reynaud. Collection V. Aubret.

Carafe Absinthe et Goudron Reynaud. Collection V. Aubret.

Comme toujours, ce sont les factures à en-tête qui donnent les premières pistes car elles nous renseignent sur la date et surtout sur l'endroit où se trouve la distillerie, ville et adresse complète.

Une facture de 1900 est au nom d'Alexis Reynaud, 1 rue Génissieu à Grenoble  alors qu'une deuxième datée 1904 est au nom de François Reynaud Aîné, 8 rue Lazare Carnot, également à Grenoble. Rien n'indique leur lien de famille mais le terme Aîné peut suggérer qu'ils sont frères.  Je laisse aux généalogistes le soin d'affiner la question.

Collections Dacheux et Prodhomme.Collections Dacheux et Prodhomme.

Collections Dacheux et Prodhomme.

A noter que François Reynaud s'est associé à Roux un certain temps comme l'indique cette facture de 1902. L'adresse est toujours 8 rue Lazare Carnot.

Collection Prodhomme.

Collection Prodhomme.

Des recherches effectuées dans les Annuaires du commerce de Grenoble complètent les informations. Le premier annuaire qui donne les noms de Reynaud Alexis et Reynaud François est de 1903. L'association avec Roux n'est pas mentionnée. Sans doute a-t-elle déjà cessée.

Annuaire du commerce de Grenoble, 1903. Photo Delahaye.

Annuaire du commerce de Grenoble, 1903. Photo Delahaye.

L'annuaire de 1913 nous apprend que François Reynaud fabrique du goudron. On appelait goudron une liqueur de couleur brune, obtenue par l’infusion de résines de pin de Norvège et d’autres plantes aromatiques dans de l’alcool. Les différents distillats de plantes obtenus sont assemblés, additionnés d’eau, de sucre, d’alcool et de caramel. C'est Paul Claquesin, pharmacien herboriste, qui a inventé cette boisson apéritive qui portera son nom. D’abord réputée pour soigner les affections pulmonaires, son goût "invraisemblable et étrange" fera du Claquesin l'apéritif à la mode des Années Folles.
L’entreprise s’est installée à Malakoff en 1900 dans l’actuelle avenue du Maréchal Leclerc. L’usine, chef d’œuvre du patrimoine industriel, accueille aujourd'hui les visiteurs qui découvrent sa cour pavée, sa cheminée de brique et son architecture métallique de type Eiffel. Les alambics, les cuves à caramel et de stockage sont restés en l’état. Depuis 1995, la production de Clacquesin se poursuit sur un autre site, le site historique de Malakoff étant désormais réservé à de l'événementiel. (www. espace-claquesin.fr)

Annuaire du commerce de Grenoble, 1913. Photo Delahaye.

Annuaire du commerce de Grenoble, 1913. Photo Delahaye.

En 1916, Alexis Reynaud est toujours dans la fabrication de liqueurs et  sirops. Mais c'est finalement François qui rachètera les liqueurs Teisseire. La marque Teisseire père et fils avait été créée en 1720 à Grenoble où ils fabriquaient le fameux ratafia de cerises et autres liqueurs. Ils étaient déjà passés en 1872 aux mains de Peyraud et Ferrouillat distillateurs depuis 1836. En 1927, les deux fils de François Reynaud développent les sirops fruités sans alcool jusqu'à leur rachat par la marque Fruité en 2003.