Massacre à la bétonneuse

Publié le par Marie-Claude DELAHAYE

En découvrant le Val-de-Travers en 1981, j'ai compris l'importance des cultures des plantes nécessaires à la fabrication de l'absinthe dans cette région.

Au XIXe siècle, grande et petite absinthe, hysope et mélisse étaient cultivés dans les villages de Couvet, Boveresse, Fleurier, Môtiers, Travers, Les Verrières, Saint-Sulpice, Buttes. Ces cultures occupaient 62 hectares sur 128 hectares de champs labourés et faisaient travailler environ 600 personnes.

Le voyageur qui parcourait en été le Val-de-Travers remarquait avec étonnement ces moissons bleuâtres qui forment autour des villages une ceinture parfumée.

Couleru Edmond, Au pays de l'Absinthe, y est-on plus fou ou plus criminel qu'ailleurs ? Paris, Rivière, 1908.

Culture de l'absinthe à Boveresse. Carte postale, collection O. Talfumière.

Culture de l'absinthe à Boveresse. Carte postale, collection O. Talfumière.

Boveresse était le centre de production le plus important avec plus d'une vingtaine de cultivateurs qui fournissaient à peu près la moitié de toute la production du Val-de-Travers. Boveresse était aussi un lieu de séchage. Les combles d'un bon nombre d'habitations étaient aménagées dans ce but tandis que les producteurs les plus importants avaient construit d'imposants séchoirs au milieu des champs de culture.

Aujourd'hui, il reste trois séchoirs à Boveresse, le plus important étant celui situé au lieu dit "Aux Cises". Construit en bois en 1893, non loin du centre de Boveresse, il a été agrandi de deux bas-côtés en 1901. Classé monument historique en 1998, il a été acheté la même année par le Musée Régional d'Histoire et d'Artisanat de Môtiers avec un morceau de terrain adjacent. Le musée y a regroupé le matériel agricole utilisé au début du XXe siècle pour la culture des plantes. Des visites ont lieu pendant l'été.

Le grand séchoir s'élevait fier au milieu de la prairie et de loin, on ne voyait que lui.

Le séchoir de Boveresse. Photo prise en 2010. © Delahaye
Le séchoir de Boveresse. Photo prise en 2010. © Delahaye

Le séchoir de Boveresse. Photo prise en 2010. © Delahaye

Quels ne furent pas ma stupeur et mon désarroi, jeudi dernier 2 octobre, quand au cours de mon petit pèlerinage des lieux mythiques qui m'avaient si fort marquée il y a 33 ans, je découvris le grand séchoir victime de la vie moderne. Bientôt cerné de toute part par les constructions, il perd peu à peu de sa majesté.

N'était-il pas essentiel de protéger ce site authentique alors que la Route de l'Absinthe a enfin pris forme et que vient de s'ouvrir la Maison de l'Absinthe ? Fallait-il accepter de voir l'environnement de ce monument historique gâché à jamais ?

Le site du séchoir de Boveresse complètement massacré. Photos Delahaye
Le site du séchoir de Boveresse complètement massacré. Photos Delahaye

Le site du séchoir de Boveresse complètement massacré. Photos Delahaye

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