La pilule passe mal à Pontarlier

Publié le par Marie-Claude DELAHAYE

Le préfet du Doubs, A. Milleteau, dut suivre la mort dans l'âme la directive gouvernementale du 17 août 1914. Il savait qu'elle allait porter un coup au commerce. Il n'ignorait pas, par ailleurs, que c'était le début d'une lente agonie qui allait amener à toute fin, l'interdiction pure et simple de l'absinthe. Mais pour le moment, il ne s'agissait pas encore d'en interdire la fabrication.

Le Pontissalien du 22 août 1914 donna lecture de l'arrêté.

LE PONTISSALIEN du 22 août 1914. Collection Delahaye.

LE PONTISSALIEN du 22 août 1914. Collection Delahaye.

Information parue dans Le Pontissalien du 22 août 1914.

Information parue dans Le Pontissalien du 22 août 1914.

Pour insister sur le désaccord général, le journal publiait juste en-dessous de l'avis d'interdiction, une lettre adressée au préfet de la part du maire de Pontarlier, Ernest Deniset, lui-même distillateur d'absinthe. (Voir l'histoire de la marque dans le tome 3 du Dictionnaire des marques).

Ce sera peine perdue, le préfet ne faisant que transmettre les décisions de l'État.

M. le Préfet,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre arrêté du 17 courant, interdisant la vente et la consommation de l'absinthe dans les débits de boissons du département.
J'ai accompli mon devoir en portant cet arrêté à la connaissance de mes administrés par son affichage et sa publication dans les journaux locaux. Mais il me reste un autre devoir à remplir : c'est celui de défendre et de soutenir une industrie qui fait vivre à Pontarlier plusieurs centaines de ménages.
Votre arrêté, Monsieur le Préfet, n'a pas seulement pour effet, à Pontarlier, d'interdire la consommation de l'absinthe, puisqu'il en prohibe la vente dans les établissements du département, il en arrête conséquemment la fabrication, et au moment où le gouvernement se préoccupe d'encourager par tous les moyens, la reprise du commerce et de l'industrie dans la mesure du possible, vous avez pris une décision qui aura pour effet de prolonger le chômage des vingt distilleries existant à Pontarlier. Il me paraît qu'il y a là une mesure qui, tout au moins en ce qui concerne Pontarlier dont la fabrication de l'absinthe est une des principales industries, n'est pas justifiée par les événements actuels, et je suis persuadé qu'il m'aura suffi de vous signaler la chose pour que vous accordiez à la ville que j'administre une faveur que les circonstances rendent nécessaire.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Préfet, l'assurance de mes sentiments respectueux et dévoués.
Le Maire : E. DENISET

Le Pontissalien du 22 août 1914.

Le Pontissalien du 22 août 1914. Collection Delahaye.

Le Pontissalien du 22 août 1914. Collection Delahaye.

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